Supposez qu’un billet puisse coûter le prix d’une voiture d’occasion, et vous comprendrez pourquoi le mythe de l’Orient-Express ne faiblit pas. Plus qu’un simple train, il reste l’incarnation d’un monde disparu, une parenthèse fastueuse où le décor art déco rivalise avec la cuisine raffinée, et où chaque détail, du service en gants blancs aux salons feutrés, rappelle un art de voyager que le temps n’a pas effacé.
Pourtant, l’Orient-Express ne fascine pas seulement par ses dorures ou ses fauteuils moelleux. Ce sont surtout les récits qui s’y sont noués, suspects en cape dans les wagons, romanciers en quête d’inspiration, fortunes et secrets échangés au détour d’un couloir, qui nourrissent la légende. Quand Agatha Christie s’empare du train, elle lui offre une place de choix dans l’imaginaire mondial, entre mystère et élégance surannés. Ce mélange d’aventure et de raffinement continue d’attirer les regards, preuve que certains voyages ne cessent jamais tout à fait.
Les origines et l’âge d’or de l’Orient-Express
L’histoire commence en 1883, quand Georges Nagelmackers lance, sous la bannière de la Compagnie des wagons-lits, un train reliant Paris à Istanbul. Avec l’appui du Roi Léopold II, il imagine un service à nul autre pareil : cabines lambrissées, service soigné, cuisine de grand restaurant. Le pari est audacieux, mais le succès suit rapidement.
Les wagons voient défiler des voyageurs hors du commun : Lawrence d’Arabie, Agatha Christie, Jean Cocteau, Coco Chanel, Pierre Loti. Tous, en quête de dépaysement ou d’inspiration, contribuent à forger l’aura du train. L’Orient-Express inspire des films et des romans, ancrant sa réputation d’inaccessible raffinement bien au-delà des rails.
Les différentes routes de l’Orient-Express
Au fil des années, la demande grandit et oblige la compagnie à multiplier les itinéraires, pour desservir les grandes capitales européennes. Parmi les lignes qui ont marqué l’histoire, on retrouve notamment :
- Simplon-Orient-Express : de Londres à Istanbul, en passant par Paris, Lausanne, Milan, Venise, Belgrade et Sofia.
- Arlberg-Orient-Express : reliant Londres, Paris, Zurich, Innsbruck, Vienne, Budapest, Bucarest jusqu’à Istanbul.
Ces variantes permettent au train de rester dans la course, tout en préservant cette part de secret et de prestige qui fait son identité.
Les défis contemporains et la renaissance du mythe
Malgré les bouleversements du XXe siècle, l’Orient-Express conserve sa capacité à faire rêver. La SNCF, actuelle détentrice de la marque, s’est rapprochée d’Accor pour insuffler une nouvelle vie à ce symbole ferroviaire. Le projet Nostalgie-Istanbul-Orient-Express prévoit de redonner leur lustre aux anciens wagons, avec un sens du détail qui ne laisse rien au hasard.
Impossible de ne pas mentionner James Sherwood, dont la ténacité a permis de sauver et restaurer le mythique Venise Simplon-Orient-Express, aujourd’hui géré par Belmond. Le rachat de la compagnie par LVMH en 2018 n’a fait qu’accentuer l’attrait pour ce train d’exception, désormais intégré au cercle très fermé des expériences de luxe mondiales.
Les wagons eux-mêmes portent la signature de décorateurs comme René Lalique et René Prou. Leur travail, visible dans les détails des boiseries ou des vitraux, fait la différence et perpétue l’esprit originel. Pour ceux qui veulent explorer ce mythe en profondeur, un podcast signé Mathias Énard et réalisé par Laure-Hélène Planchet propose un voyage sonore dans les coulisses et les histoires du train.
Des événements culturels permettent aussi de redécouvrir la richesse de l’Orient-Express. Des expositions, co-organisées par le Fonds de dotation Orient-Express et Les Rencontres d’Arles, sous la houlette d’Eva Gravayat, ont récemment investi la Villa Médicis. Ces rendez-vous rappellent combien transmettre ce patrimoine reste un enjeu pour aujourd’hui et demain.
Le mythe Orient-Express demeure, porté par un équilibre unique entre passé glorieux, savoir-faire artisanal et initiatives contemporaines.
Le futur de l’Orient-Express : projets et perspectives
L’avenir s’écrit déjà sur les rails. Avec Orient-Express Dolce Vita, Accor imagine un train qui fait dialoguer le chic italien des années 60 et les attentes d’aujourd’hui. Plusieurs itinéraires traverseront l’Italie, reliant Rome, Venise ou la Côte amalfitaine dans une ambiance inspirée par le cinéma transalpin. Tout est pensé pour offrir un voyage immersif, où le confort moderne s’accorde à l’élégance vintage.
En parallèle, la SNCF relance le Pullman Orient-Express sur le territoire français et au-delà. Les nouveaux trajets, notamment entre Paris et Vienne via le Nightjet de ÖBB, élargissent l’offre des trains de nuit européens et remettent le raffinement au cœur du voyage. Pour compléter cette renaissance, plusieurs lignes reprennent vie :
- Le Bosphore Express assurera la liaison entre Bucarest et Istanbul, renouant ainsi avec la tradition de franchir les frontières entre l’Europe et l’Asie.
- Le Doğu Ekspresi, opéré par les chemins de fer turcs, proposera un trajet dépaysant au cœur de l’Anatolie.
L’architecte Maxime d’Angeac a été sollicité pour réinventer le restaurant du Nostalgie-Istanbul-Orient-Express, signe que l’innovation reste à l’honneur, même dans le respect du patrimoine. Ces initiatives, portées par SNCF et Accor, montrent que le train n’a rien perdu de sa capacité à se réinventer, tout en préservant ce supplément d’âme qui fait sa singularité.
Le sifflet du chef de gare retentit, mais la légende, elle, ne s’arrête jamais. Prochain arrêt : l’imagination collective, où l’Orient-Express trace encore sa route, entre rêve éveillé et nostalgie vivace.



