On ne traverse pas les gorges de Samaria par hasard. Ici, l’aventure commence dès que la roche se resserre et que la lumière peine à atteindre le sol. Ce canyon crétois, long de 16 kilomètres, ne se contente pas de défiler sous les pas : il impose le respect, force l’émerveillement et rappelle, à chaque détour, que la nature sait se faire indomptable.
Les merveilles naturelles des gorges de Samaria
Au cœur des Montagnes Blanches, la gorge de Samaria étire ses parois vertigineuses et ses sentiers sinueux. On parle ici de l’un des plus impressionnants canyons d’Europe, un terrain de jeu rêvé pour les amateurs de randonnée et de grands espaces. Les parois, parfois hautes de plusieurs centaines de mètres, s’animent au rythme du vent et des cris discrets des chèvres sauvages, tandis que la flore endémique dessine un patchwork vivant sur les pentes.
Un écosystème rare et précieux
Ce coin de Crète abrite une biodiversité remarquable. Le kri-kri, cette chèvre agile et farouche, incarne à lui seul la singularité de la faune locale. Mais ce n’est qu’un aperçu : rares sont les endroits où l’on croise autant d’espèces protégées, de fleurs uniques au monde, de plantes qui défient le soleil et le manque d’eau. Chaque détour réserve sa surprise, du tapis de fleurs au vol furtif d’un rapace.
Repères et émerveillements
Le parcours à travers la gorge de Samaria est jalonné de lieux qui font battre le cœur plus fort. Voici quelques étapes marquantes que les randonneurs attendent souvent avec impatience :
- Les Portes de Samaria : un passage étroit où la roche se resserre à moins de quatre mètres, créant une atmosphère presque irréelle.
- La sortie sur la mer de Libye : après des heures de marche, l’horizon marin s’ouvre soudain, récompensant les efforts par une vue saisissante.
Cette traversée n’a rien d’une promenade anodine. C’est une plongée dans un espace où la nature règne sans partage, où chaque montée et chaque descente rappellent que la beauté ne se donne pas sans effort.
Le poids de l’histoire crétoise
Les gorges de Samaria ne se résument pas à un décor grandiose : elles portent aussi la mémoire d’une île résistante. Depuis leur classement comme réserve de biosphère par l’UNESCO en 1981, elles témoignent d’une histoire millénaire, façonnée par les hommes aussi bien que par les éléments. Sur les sentiers, il n’est pas rare de croiser les ruines d’anciens hameaux, d’apercevoir la silhouette d’une chapelle byzantine lovée contre la pierre.
Abri et résistance pendant la Seconde Guerre mondiale
En 1941, alors que la Bataille de Crète fait rage, les gorges deviennent un refuge. Résistants crétois et soldats alliés s’y cachent, profitant des passages étroits et des reliefs accidentés pour échapper aux troupes d’occupation. Ce pan de l’histoire reste gravé dans la mémoire locale et confère au lieu une dimension presque sacrée.
Traces anciennes et spiritualité
Parmi les pierres, on devine encore les vestiges d’habitations, témoins d’une vie rude mais inventive. Une petite chapelle byzantine, discrète mais tenace, rappelle que la foi et la persévérance ont longtemps été les compagnes de route des habitants de la région. Marcher ici, c’est avancer sur les traces de générations entières qui ont apprivoisé ce territoire exigeant.
Les gorges de Samaria racontent donc bien plus qu’une histoire naturelle : elles murmurent celle des humains qui, au fil des siècles, ont appris à composer avec elles.
Préparer sa randonnée à Samaria : conseils et astuces
Accès et organisation
Le point de départ se situe dans le village d’Omalos. Depuis Chania, rejoindre Omalos se fait sans difficulté, grâce à un réseau de transports bien rodé. L’itinéraire commence alors, descendant progressivement vers Agia Roumeli, petit port posé sur les rives de la mer de Libye. Pour refermer la boucle, le retour s’organise par bateau, avec des traversées régulières vers Hora Sfakion, Sougia ou Paleochora.
- Omalos : le village où tout commence
- Agia Roumeli : le port d’arrivée, baigné par la mer
- Chania : accessible facilement pour l’aller ou le retour
- Hora Sfakion, Sougia, Paleochora : points d’accès via bateau après la marche
Bien s’équiper pour profiter pleinement
La randonnée dans les gorges de Samaria est exigeante. Les chaussures de marche robustes sont de rigueur, tout comme une bonne réserve d’eau et de quoi reprendre des forces en chemin. Mieux vaut démarrer tôt, dès les premières heures, pour éviter la chaleur qui s’installe vite entre les parois. Une casquette, de la crème solaire et de petites pauses régulières feront la différence.
Quelques recommandations à garder en tête pour une journée sans souci :
- Chaussures adaptées à la marche sur terrain caillouteux
- Eau en quantité suffisante et quelques encas énergétiques
- Départ matinal pour marcher au frais
Préserver un site d’exception
Samaria abrite une faune et une flore protégées. Le kri-kri, emblème de la Crète, n’est qu’un exemple parmi d’autres. Pour préserver ce patrimoine, chaque visiteur doit rester sur les sentiers balisés et veiller à ne rien laisser derrière lui. Le statut de réserve de biosphère impose vigilance et respect : l’équilibre de ce lieu dépend de la responsabilité de tous.
Rejoindre la civilisation après la marche
Après avoir parcouru les 16 kilomètres de la gorge, l’arrivée sur la mer de Libye marque un moment fort. De là, les bateaux attendent pour rejoindre les villages voisins, offrant un retour tout en douceur vers les grandes villes comme La Canée ou Héraklion. L’aventure se termine, mais l’écho des pas résonne longtemps dans la mémoire.
À Samaria, chaque randonneur repart transformé. Certains gardent en tête la lumière qui filtre entre les rochers, d’autres la sensation du sol sous leurs pieds fatigués. Tous, sans exception, emportent avec eux le souvenir d’un lieu où la nature ne s’offre jamais tout à fait, mais récompense toujours ceux qui prennent le temps de la découvrir.



